Les coûts réels de l'immigration....



www.pn-vigilance.fr
La rareté des données chiffrées rend difficile une évaluation des politiques migratoires. Michèle Tribalat et Jean-Paul Gourévitch tentent de combler cette lacune.

La question de l’immigration serait-elle devenue trop sensible en France pour être sérieusement débattue ? C’est la question que pose Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques, dans son nouveau livre, les Yeux grands fermés, sous-titré l’Immigration en France (Denoël). Déplorant la faiblesse de l’appareil de mesure des phénomènes migratoires, elle y discute des thèses réputées jusque-là… indiscutables : « En dehors de l’Hexagone, les débats scientifiques sont vifs, aux États-Unis notamment, où les études réalisées sur l’impact économique de l’immigration ne confortent pas le postulat français d’une contribution essentielle », écrit-elle.

C’est aussi parce que les chiffres sur ce sujet sont peu nombreux et souvent imprécis que Jean-Paul Gourévitch a consacré une étude au coût de la politique migratoire de la France, publiée par l’association Contribuables associés. Spécialiste de l’Afrique et des migrations, Jean-Paul Gourévitch a déjà écrit de nombreux ouvrages, dont les Africains de France et les Migrations en Europe (éditions Acropole). Il a reçu récemment le prix de l’essai historique Pierre Gaxotte pour le Rêve méditerranéen, d’Ulysse à Nicolas Sarkozy (L’OEuvre). Son ambition: clarifier les chiffres qui pourraient ensuite éclairer les décisions publiques et nourrir le débat sur la politique d’immigration, qu’on la pense inéluctable ou qu’on cherche à maîtriser les flux migratoires.

1. Les chiffres
Selon l’Insee, un immigré est « une personne résidant en France, née étrangère dans un pays étranger ». Cette définition est à différencier de celle de l’étranger, « personne résidant en France et n’ayant pas la nationalité française ». Tous les immigrés ne sont donc pas des étrangers, certains ayant acquis la nationalité française. Jean-Paul Gourévitch a cherché à dénombrer la totalité de la communauté d’origine étrangère,en incluant les enfants d’immigrés nés en France, non comptés dans les statistiques officielles, et les étrangers en situation irrégulière.

Il estime cette population à 7,7 millions de résidents en 2009, soit 12,25 % de la population métropolitaine. Les trois quarts sont issus du continent africain: 3,4 millions du Maghreb et 2,4 millions de l’Afrique subsaharienne. Les autres immigrés viennent essentiellement de l’Union européenne (entre 700000 et 1,1 million), de la Turquie et des Balkans (entre 300000 et 500 000), de l’Asie (entre 300000et 600000). Jean-Paul Gourévitch se fonde sur diverses études pour conclure qu’il y aurait entre 350000 et 750000 immigrés en situation irrégulière en France, soit une moyenne « relativement stable depuis deux ans » de 550000.

En un an, 215000 immigrés arrivent légalement sur le territoire, et 90 000 en sortent. Le solde de l’immigration régulière est donc de 125000 personnes par an. Quant aux demandes de naturalisation, environ 150000 seraient satisfaites tous les ans.

2. Les raisons de l’immigration
Pourquoi ces étrangers choisissentils de venir en France plutôt qu’ailleurs ?
Au XXe siècle, on distinguait trois catégories d’immigrés : les demandeurs de travail, les demandeurs d’asile et les femmes et les enfants entrant au titre du regroupement familial. Mais les motivations se sont diversifiées. Outre l’attrait pour la France, « carrefour d’échanges intellectuels dans tous les domaines de l’art », Jean-Paul Gourévitch en recense plusieurs :
– l’excellence du système de santé français;
– la poursuite des études,motivée par la variété du système d’enseignement, et l’offre de bourses aux étrangers;
– les prestations sociales et la politique de rapprochement familial;
– l’acquisition de la nationalité française par mariage avec un résident français et pour les enfants nés en France;
– la demande d’asile;
– la faiblesse du taux de reconduites à la frontière (30 % de ces reconduites sont exécutées);
– l’aide au retour volontaire : prise en charge du voyage, versement de 3500 euros pour un couple, 2000 pour un adulte seul, 1000 euros par enfant mineur jusqu’au troisième enfant et 500 euros pour chacun des enfants suivants. 7000 euros sont également proposés aux ressortissants ayant un projet d’entreprise.

3. Mariages et démographie
Le mariage d’un immigré avec un résident français semble un bon moyen pour l’immigré d’acquérir la nationalité française et pour la France d’intégrer efficacement ledit immigré dans la population française. Cependant, selon Michèle Tribalat, qui cite une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 63 % des personnes entrées en France en tant que conjoint d’un résident français rejoignent une personne d’origine étrangère. Peut-on vraiment parler, dans ce cas, de “mariage mixte” ? Une proportion importante de ces mariages sont à l’origine de flux d’immigration de conjoints de Français: « 46% des mariages “mixtes” enregistrés à l’état civil en France, et 56% de ceux célébrés à l’étranger ont suscité ou régularisé une immigration en France en 2006 », précise la démographe.

Selon Jean-Paul Gourévitch, les familles d’immigrés comportent 3,2 personnes en moyenne, au lieu de 2,4 pour l’ensemble de la France. D’après l’Insee, le taux de fécondité des femmes étrangères en 2003 était en moyenne de 3 enfants, contre une moyenne de 2 pour la population globale. En 2006, 17 % des naissances étaient dues à la population immigrée.

4. Le coût de l’immigration
La politique de l’immigration française a un coût,qu’il n’est pas facile d’estimer. Jean-Paul Gourévitch reconnaît honnêtement les limites de son étude, en l’absence de certaines données précises : « Plusieurs postes de dépenses sont facilement identifiables et chiffrés en fonction des statistiques existantes ou d’informations disponibles après de brèves recherches. D’autres ont été reconstitués avec une probabilité sérieuse. Pour certains, en revanche, faute de documents, nous avons été obligés d’établir des moyennes, des ratios, voire des fourchettes. » Son étude « n’a pour ambition que de donner un ordre de grandeur relativement performant et de tracer les voies qu’il conviendrait d’explorer », précise-t-il.

Le coût de l’immigration résulte de la différence entre les recettes et les dépenses.
Côté recettes, Jean-Paul Gourévitch compte les cotisations sociales et les recettes fiscales pour l’État et pour les collectivités locales: 48,99 milliards.

Côté dépenses, il distingue les “coûts sociaux”, correspondant aux prestations sociales versées, les “coûts sociétaux et fiscaux” (lutte contre l’économie informelle et la fraude), les “coûts sécuritaires” (maintien de l’ordre, protection des biens et des personnes et contrôle des frontières) et les “coûts éducatifs”, liés à l’accueil des étudiants étrangers. Le total s’élève, selon lui, à 79,4 milliards d’euros par an. Les dépenses de protection sociale représentent les trois quarts de cette somme: 58,64 milliards. Les recettes n’équilibrant pas les dépenses, la politique d’immigration enregistre un déficit annuel de 30,4 milliards d’euros.

À ce chiffre, Jean-Paul Gourévitch ajoute « les investissements consentis par l’État pour freiner l’immigration en provenance des pays du Sud,améliorer l’accueil et la situation des migrants qui s’installent en France et construire une meilleure égalité des chances pour les enfants.Au total, près de 10 milliards d’euros que ne compensent ni la plus-value générée par le travail des immigrés pour la communauté nationale (5 milliards) ni les retombées économiques, faibles et quasi non chiffrables de l’expatriation ».

Fabrice Madouas & Marie de Pontalba

Pour valeurs actuelles